Gérant d'une PME en croissance, Karim a longtemps confondu la valeur de son entreprise avec son patrimoine personnel. Ce que ça coûte — et comment sortir de cette logique.
Posséder une entreprise n'est pas la même chose que détenir un patrimoine. La nuance est décisive.
Profil
Situation
Gérant associé, PME BTP, 44 ans, Bordeaux
Revenus
Rémunération nette ~5 800 €/mois
Patrimoine hors entreprise
Résidence principale + 12 000 € en banque
Situation familiale
Marié, 2 enfants (12 et 15 ans)
01 — Le contexte
Karim dirige depuis 14 ans une PME dans le secteur du BTP, qu'il a cofondée avec un associé. L'entreprise emploie 23 personnes et génère un chiffre d'affaires annuel d'environ 3,2 millions d'euros. Elle est rentable, avec une marge nette d'environ 8 %.
Quand on lui demande où en est son patrimoine, Karim répond naturellement : "L'entreprise vaut facilement 600 000 à 800 000 euros. Je suis bien couvert." Cette conviction est sincère — et en partie juste. Mais elle repose sur une confusion entre valeur théorique et patrimoine réel disponible.
Hors de l'entreprise, le tableau est plus étroit : une résidence principale avec 90 000 € de crédit restant, environ 12 000 € sur un compte courant, et aucune épargne financière constituée. Pas d'assurance-vie, pas de PEA, pas de PER. Sa retraite est celle d'un dirigeant TNS — structurellement plus faible que celle d'un salarié comparable.
Plus de 90 % du patrimoine est concentré sur deux actifs illiquides. C'est le principal risque à traiter.
02 — Ce qu'on a observé
Quatre points de friction ressortent de l'analyse de sa situation.
Concentration totale du risque. L'entreprise représente plus de 75 % du patrimoine estimé. Si l'activité ralentit, si l'associé souhaite sortir, ou si un événement de santé survient, la valeur peut s'effondrer sans qu'aucun autre actif ne compense.
Retraite sous-provisionnée. En tant que gérant TNS, Karim cotise à des régimes obligatoires dont les droits sont structurellement inférieurs à ceux d'un salarié cadre. Sans capitalisation complémentaire, la chute de revenus à la retraite sera significative — d'autant qu'il n'a constitué aucune épargne financière parallèle.
Aucune organisation de la transmission. Si Karim disparaît demain, l'entreprise est dans la succession sans aucun mécanisme préalable. Ses parts sont valorisées, imposées, et potentiellement difficiles à liquider pour ses héritiers. Aucune assurance-vie ne vient compléter.
Rémunération non optimisée. Sa rémunération de dirigeant n'a pas été revue depuis 4 ans. Une partie des résultats reste dans l'entreprise sans stratégie claire de répartition entre réinvestissement et extraction personnelle.
Prendre du recul sur sa situation patrimoniale est souvent la première étape que les dirigeants remettent à plus tard.
03 — Les 3 priorités identifiées
01
Extraire et diversifier — sortir du tout-entreprise
Mettre en place une stratégie d'extraction régulière depuis l'entreprise vers un patrimoine personnel diversifié. Objectif : amener la part de l'entreprise sous 60 % du patrimoine total dans les 3 ans. Les outils disponibles : dividendes, PER dirigeant, contrat Madelin, investissement immobilier via holding (selon structure juridique).
02
Provisionner la retraite avec l'avantage fiscal TNS
Les gérants TNS peuvent déduire leurs versements PER jusqu'à 85 780 € par an (10 % du bénéfice imposable + 15 % entre 1 et 8 PASS, en 2026). C'est un levier considérable, sous-utilisé. Un versement annuel de 15 000 € sur un PER à TMI 41 % représente 6 150 € d'économie d'impôt. L'objectif est d'activer ce mécanisme dès cette année.
03
Organiser les fondations de la transmission
Ouvrir une assurance-vie avec clause bénéficiaire rédigée, pour constituer un capital transmissible hors succession. En parallèle, documenter les intentions sur les parts d'entreprise : pacte Dutreil si cession envisagée, ou organisation statutaire pour les droits de préemption entre associés. Ce travail ne nécessite pas de décisions immédiates — mais de poser le cadre.
04 — Ce que Karim a mis en place
Les premières décisions ont été prises sur 90 jours, dans un ordre délibérément séquentiel : d'abord comprendre, ensuite structurer, enfin agir.
Bilan patrimonial complet avec son expert-comptable
Première fois qu'il posait toutes les pièces côte à côte : valeur estimée de l'entreprise, crédit RP, liquidités, droits retraite estimés, valeur de rachat néant. Le constat a rendu les priorités évidentes.
Ouverture d'un PER individuel avec versement initial de 12 000 €
Financé par une partie des résultats 2025 non distribués. Économie fiscale immédiate estimée à 4 900 € à sa TMI. Un virement annuel automatique de 1 000 €/mois est programmé pour 2026.
Ouverture d'une assurance-vie avec clause bénéficiaire rédigée
Versement initial de 5 000 €. Clause bénéficiaire nominative en faveur de ses deux enfants, rédigée avec un notaire. L'objectif est d'alimenter ce contrat à hauteur de 500 €/mois sur les 5 prochaines années.
Mise en place d'une règle d'extraction annuelle
Chaque année, si le résultat net dépasse 180 000 €, 20 % de l'excédent est affecté au patrimoine personnel (PER + assurance-vie). Cette règle est écrite, validée avec l'associé, et intégrée dans la feuille de route de l'entreprise.
Résultats — 30 · 60 · 90 jours
À 30 jours
Clarté complète sur la situation
Bilan patrimonial posé. PER ouvert avec premier versement. Économie fiscale 2026 actée.
À 60 jours
Assurance-vie ouverte, clause rédigée
Premier actif transmissible hors succession. Versement mensuel automatique en place.
À 90 jours
Règle d'extraction validée avec l'associé
Cadre annuel posé. La diversification patrimoniale devient systématique, pas ponctuelle.